Les petits papiers

Un constat

Dans mes cours, j’ai souvent vu certains de mes élèves faire un blocage face aux documents que je leur présentais. Cette constatation, la plupart de mes collègues la font aussi. Les raisons sont nombreuses. Certaines sont liées à des troubles ou des pathologies (dyslexie, troubles cognitifs…), d’autres à des facteurs environnementaux (très faible culture de l’écrit dans le cadre familial…). Je peux récolter des informations et les faire remonter à des personnes qualifiées mais il ne m’appartient pas de poser des diagnostics ni de juger les causes liées à l’histoire personnelle des élèves.

La situation peut devenir très handicapante pour les élèves concernés, qui se sentent vite exclus du cours, mais aussi pour la classe divisée en groupes trop hétérogènes ; sans parler d’un certain tourment pour le professeur qui peut se sentir démuni devant la difficulté à mener de front tant de batailles pédagogiques.

Des expériences

Ces constatations m’ont poussé à me confronter plus directement au problème en adhérant à divers dispositifs. Je suis intervenu plusieurs années de suite auprès d’élèves d’ULIS diagnostiqués et suivis pour des troubles cognitifs plus ou moins sévères. Puis, à la faveur d’une mutation dans un nouvel établissement, j’ai rejoint un dispositif ciblant l’inclusion et la prise en compte d’élèves reconnus « dys » au sein d’une classe. J’y ai mesuré l’importance de réfléchir à la manière de proposer les documents aux élèves. Prenons l’exemple d’un manuel scolaire. Conçu par des spécialistes, ceux-ci présentent des documents savamment regroupés, organisés et mis en lien selon des idées sous-jacentes. Ces idées sont elles-mêmes sous-tendues par des concepts, parfois assez abstraits. Les divers documents forment des séries, articulées par des liens logiques plus ou moins évidents et plus ou moins bien explicités par le paratexte. La présentation qui doit éclairer la structure du dossier est le fruit d’un travail éditorial souvent de qualité, mais variant d’un manuel à l’autre. La problématique d’un dossier documentaire est une entrée importante et souvent efficace mais qui demande néanmoins un début de maîtrise de ce que Genette a nommé la « transtextualité 1». Pour des élèves en difficulté face à l’écrit, la constitution du dossier documentaire peut hélas sembler dépourvue de sens et le paratexte n’être qu’un « bruit » qui aggrave alors la surcharge d’informations qu’ils reçoivent.

Des propositions

Pour permettre à tous les élèves de progresser dans leur appréhension des documents, je m’efforce de redonner à ceux-ci de la matérialité. Cela consiste d’abord à isoler les documents pour leur donner une présence plus forte, à en épurer la présentation pour focaliser l’attention. Ensuite cela me mène à faire de ces documents des objets à manipuler, à la fois en tant que sources d’informations mais aussi en tant que briques pour la construction d’une réflexion. Cela passe enfin par l’usage de ces documents comme supports pour la restitution des connaissances acquises par les élèves.

Une rubrique

Cette rubrique intitulée « Les petits papiers » a pour objet de rapporter et d’organiser mes expérimentations dans ce domaine.

cc-by-sa

1. Gérard Genette, Palimpsestes. La littérature au second degré, 1982, éditions du Seuil. https://fr.wikipedia.org/wiki/Palimpsestes

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