Débattre des libertés à l’aide d’une jauge d’acceptabilité

En ces heures de confusion et de fureur, il est parfois délicat de poser sereinement un débat sur des questions aussi fondamentales que les libertés religieuses, d’expression et leurs limites. Comment le professeur peut-il permettre à ses élèves de débattre tout en restant dans un cadre bien défini ? D’interroger nos institutions pour mieux les comprendre, en cerner les forces et les limites sans céder aux risques de la glorification béate ou de la critique anti-républicaine ? Je propose ici une solution pratique, limitée sans doute, mais qui peut sans doute servir de base à d’infinies variations.

Du bricolage…

L’outil de base est ce que j’appelle la « jauge d’acceptabilité ». C’est un objet qui ne demande qu’un minimum de bricolage : une feuille A3 sur laquelle on imprime le fond de la jauge (photocopieuse ou imprimante souvent disponible dans les établissements), du carton fort, une attache parisienne et quelques feutres. Je fournis ici un gabarit de la jauge, réalisé en moins de cinq minutes avec LibreOffice dans le module de dessin vectoriel à l’aide d’une forme et d’un dégradé.

jauge acceptabilite

Fond à télécharger [cliquer]

On colle le fond sur le carton fort. On perce un trou à l’emplacement de la croix. On découpe une aiguille en carton (ou on récupère l’aiguille d’une horloge cassé) qu’on fixe à l’aide de l’attache parisienne. Le fin du fin consiste à placer le fond sur un velleda adhésif pour marqueurs effaçables, qui permettra d’annoter les mesures de manière réversible.

…à l’utilisation en classe

Prenons l’exemple de la question de l’usage de la liberté d’expression. Muni d’un corpus de textes et de dessins satiriques qu’on présente à la classe, on demande aux élèves de choisir où placer le curseur sur la jauge de l’acceptabilité. On argumente, on explore le champ sémantique de la critique (pamphlet, satire, caricature, accusation…) et on peut annoter la jauge en définissant des plages de valeurs (acceptable, tolérable, intolérable). Lorsqu’un document est placé par les élèves dans la zone de l’intolérable, on peut alors faire un travail d’analyse des raisons qui motivent cette classification : outrage, calomnie, menace, incitation à la haine… Une vérification des suites judiciaires éventuelles permet de faire le point sur ce que dit la loi et le droit. Comme trace écrite finale, un schéma comme celui-ci permet de distinguer les nuances entre expression critique et attaques verbales lourdes de conséquences :

a_expression negative_preao

En conclusion

L’intérêt de cette méthode est de mettre l’accent sur les conséquences de l’usage d’une liberté, tout en évitant de se positionner soi-même en arbitre des valeurs. On peut aussi en tirer des réflexions sur la nature d’un État de droit, qui ne censure pas la satire mais place les auteurs face à leurs responsabilités et aux conséquences de leurs paroles comme de leurs actes.

cc-by-sa

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